Ceci est un article destiné aux enseignants passant par ici ainsi qu'aux parents qui voudraient en savoir plus sur mes drôles de méthodes pédagogiques de cette année.
La PMEV c'est la Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant. Oui je sais, vu comme ça, ça a l'air un peu barbare moi aussi j'ai mis quelques temps à comprendre. Pour une explication plus courte voir la fin de mon article : Organisation de la classe
Pourquoi la PMEV ?
Je suis depuis l'année dernière à mi-temps dans une école classée ZEP. L'année dernière j'étais dans une classe de CE2 avec beaucoup d'enfants en difficulté et notamment des enfants qui ne faisaient RIEN de la journée. J'avais essayé les contrats, les punitions, les multiples rdv avec les parents, les récompenses, RIEN ne semblait efficace. Tout ce qui en ressortait c'était une grande fatigue pour moi, les enfants en question, mais aussi les autres camardes pour qui j'avais beaucoup moins de temps à consacrer. Je n'étais donc pas très fière de mon année et ne voulais pas risquer de recommencer une seconde fois. Cet été j'ai donc passé un certain temps à rechercher de nouvelles méthodes. J'avais déjà entendu parler de la PEMV mais le travail par "fiches" me rebutait, je n'avais pas poussé plus loin mes recherches. Et puis je suis tombée sur le blog de Marevann (link) qui, elle, utilise aussi des manuels. Grâce à cela j'ai refait des recherches sur la PMEV et j'ai eu envie de me lancer dans l'expérience.
Pourquoi ai-je été séduite par la PMEV ?
1- Parce qu'elle prépare aux exigences de la vie sociale, un cadre pour "apprendre à vivre ensemble".
2- Parce que tous les enfants n'apprennent pas au même rythme « d'où l'idée d'une progression frontale améliorée bonnifiée par une analyse fine des besoins de chacun et assistée par des aides ad-hoc ».
3- A cause de l'effet vicariant, la PMEV « cherche à renforcer le rôle propre de l'élève en lui confiant en partie ce qui revenait aux intervenants adultes. L'apprenant lui-même évalue la progression de ses apprentissages, prend conscience de ses manques, de ses écarts, des réorientations à définir grâce à un dispositif spécifique qui lui permet d'exercer et de développer son propre pouvoir sur lui-même tout en restant sous le contrôle du maître. » L'enfant est ainsi au coeur du système, il est l'acteur principal de ses apprentissages.
Qu'est-ce que l'effet vicariant ?
« ce que l'enfant peut apprendre en marge du discours du maître proprement dit : en regardant faire et en écoutant ceux qui savent faire ou encore, par extension, en analysant la production de ceux qui savent faire.
Le dispositif spécifique à la PMEV :
« C'est une organisation proche de la pédagogie Freinet mais néanmoins spécifique. (...)
respecter le temps nécessaire à l'apprentissage
améliorer le temps effectivement investi par l'élève dans sa tâche en vue de réguler l'exigence précédente
tirer parti de l'hétérogénéité tout en la contenant pour préserver la cohérence de la classe
développer les compétences spécifiques du "métier d'élève" »
Sur les différents sites où je me suis rendue, les plans de travail étaient répartis sur 2 à 3 semaines de travail. Etant donné le fait que je me trouve aujourd'hui à mi-temps et que j'entre doucement dans l'expérience j'ai préféré partir sur la base de 2 fois 2 jours.
Toutefois un certain nombre de choses ne changent pas :
1) La rédaction quotidienne
On part de 2 principes :
- on écrit pour être lu d'où le fait que je publie sur ce blog une grande partie des productions des enfants.
- on écrit pour être reconnu d'où le fait que les élèves qui le souhaitent pourront lire leur production devant la classe lors du bilan.
2) Le plan de travail individuel
* Phase 1 : j'aime encore démarrer certaines leçons par une phase de manipulation, de situation problème collective en fonction des notions.
* Phase 2 : le plan de travail individuel proprement dit. Il est constitué d'une série d'exercices classés par compétences et difficulté. Les élèves peuvent commencer par l'exercice de leur choix, à condition qu'il soit classé dans la colonne « Débuter ». Je demande à ce que toute la colonne soit terminée avant de passer à la suivante. « S'entraîner ». les élèves les plus rapides ont une colonne supplémentaire nommée « approfondir ».
La liberté de choix est importante car :
- elle responsabilise l'enfant, le rend plus
impliqué dans son travail.
- « elle incite l’enfant à s’évaluer : l’enfant choisit une fiche en connaissance de cause, lorsqu’il pense qu’elle est à sa portée ; il écarte, momentanément, celles qui lui paraissent difficiles, mais il les garde en mémoire et se prépare déjà, mentalement, au "bilan", pendant lequel il va écouter pour repérer des «indices pertinents», pour glaner les informations complémentaires qui vont pouvoir l’éclairer. »
Elle lui permet donc d'anticiper, elle multiplie les échanges socio-constructifs permettant de sauver les plus lents et de pousser les plus rapides plus loin dans les apprentissages.
Au fur et à mesure je passe dans les rangs. Les enfants ont un tétra'aide qu'ils apprennent à utiliser en fonction de leur problème.
- rouge : ils n'y arrivent vraiment pas, ils ont un problème avec la consigne qui les empêche de démarrer. Soit je les aide (dictée à l'adulte pour les plus faibles...), soit je les renvoie
s'inscrire au bilan.
- jaune : ils ont un problème peu important ou souhaitent être corrigés.
- bleu : ils sont aidés ou en train d'être aidé par un camarade
- vert : ras
- ils s'inscrivent au bilan sur le tableau : ils ne
savent pas comment résoudre l'exercice ou veulent en expliquer un au reste de la classe.
Cette organisation permet une explication individualisée. Elle évite le temps de correction très long, inutile pour certains élèves qui n'ont pas d'erreurs, inutile pour ceux qui ont à peine eu le temps de commencer. Lors du bilan en revanche aucun enfant n'est passif car ils sont: - soit dans la position de demandeur,
- soit dans celle de celui qui connait la réponse et l'explique,
- soit dans celle de celui qui cherche une solution au problème.
Lorsque je corrige :
- soit je valide directement par un smiley
à côté du nom de l'exercice dans le PTI.
- soit j'incite l'enfant à s'inscrire au bilan
- soit j'aide l'enfant à faire son exercice en utilisant la dictée à l'adulte.
- soit j'indique à l'enfant le nombre d'erreurs ou l'emplacement de l'erreur et l'invite à corriger afin que je puisse valider. Je peux faire ce va et vient plusieurs fois suivant l'élève et l'exercice.
Je reporte mes validations ou non sur une grille de suivi comme celle-ci. Elle me permet rapidement de voir qui a des difficultés et sur quels exercices. Il est ainsi très aisé d'organiser l'aide personnalisée.
Pour chaque exercice validé l'enfant se rend sur le graphique accroché sur le placard et colorie une case :
- lorsque moins d'un quart est colorié, l'enfant est en zone rouge,
- moins de la moitié = zone orange
- moins des 3 quarts = zone jaune
- plus des 3 quarts = zone verte
Les exercices de la colonne « approfondir » ne sont pas reportés sur le graphique car seuls les plus avancés peuvent les faire. Ce sont des bonus.
A chaque enfant son objectif.
Phase 3 : Le bilan
20' parfois plus sont consacrées au bilan. Je me donne la possibilité de rajouter un bilan dans la journée si j'en ressens le besoin.« Chaque élève qui le souhaite peut alors présenter une fiche, son travail, le commenter, inviter ses camarades à lui poser des questions, en poser lui-même, etc... et cette approche favorise un travail d’évaluation et la mise en place d'une attitude métacognitive qui prétend seulement être un comportement d'élève efficace. »
« Cette dernière phase permet en particulier de prévenir les erreurs ou d’y remédier, par le seul jeu des interactions entre élèves. Seules les difficultés qui résistent à ce traitement
autorégulateur feront l’objet d’interventions de remédiation «lourdes» de la part du maître ».
Quel bilan pour quels élèves ?
1 - pour certains élèves, le bilan sert de découverte d'une notion.
2 - pour d'autres, c'est un moment de réinvestissement
3 - pour d'autres encore, le bilan est LE moment de l'émergence d'un savoir.
Ce qu'en disent les programmes :
"l'ensemble de ces démarches est indissociable d'une pratique active de la langue orale et écrite. Les élèves doivent pouvoir discuter, exprimer ce qu'ils croient, ce qu'ils savent, ce qu'ils observent et supposent, et confronter leurs idées à celles des autres. Le maître s'appuie sur ces discussions pour aider les élèves à construire, à formuler simplement et à garder la trace des leurs observations et connaissances afin de pouvoir les exploiter."
Quel rôle pour l'enseignant ?
« - observateur
Conformément aux Instructions Officielles, l’occasion d’évaluer, " d’observer et de comprendre ce qui se passe dans les apprentissages "
l’occasion de cerner les " représentations " de ses élèves et leur évolution, d'évaluer les "allers-retours de sens" qui se produisent pour éventuellement les réguler.
l’occasion de voir s’éclaircir, par le jeu de l’apprentissage vicariant et de la prise de repères, certaines difficultés de compréhension
l’occasion de repérer les difficultés plus importantes, spécifiques de certaines tâches, qui résistent au traitement ordinaire, et d’envisager le moyen de les résoudre
l’occasion de repérer les notions qui devront faire l’objet d’une plus grande insistance lors du bilan, ou qui nécessiteront peut être une intervention différente, de type " leçon " ou " leçon de synthèse "
l’occasion de repérer les " fiches " qui pourraient gagner à être modifiées
l’occasion d’une connaissance plus personnelle de ses élèves, dans une situation riche car de faibles contraintes et de conquête de l’autonomie
l’occasion d’enrichir sa connaissance des problèmes, d’affiner son professionnalisme et d’en prendre conscience
l’occasion de noter les problèmes significatifs qui mériteraient de faire l’objet d’une réflexion en conseil de maîtres, pour alimenter des échanges authentiquement professionnels
- intervenant
Si les interventions du maître pendant le bilan sont quantitativement peu nombreuses, elles sont en revanche qualitativement décisives, tant du point de vue cognitif que psychologique et affectif. Elles doivent saisir en particulier toutes les occasions de:
faire expliciter les propos des élèves, en jouant au "candide ", c’est à dire en pratiquant l’art ancestral de la maïeutique;
faire reformuler les propos trop approximatifs, ou les reformuler soi même, mais seulement en dernier ressort, si les élèves ne l'ont pas demandé.
relancer le débat sur un point important; maintenir l’intérêt du sujet en l’élargissant;
faire du " bridging ", en établissant des liens entre différentes notions, en faisant envisager des extensions
réduire l’obstacle, mais sans aller trop vite, en cherchant à mettre la tâche à portée sans en gommer complètement la difficulté, ce qui est l’objet fondamental de la médiation
faire le point sur l’avancement des projets individuels, sur le bon déroulement des contrats, sur le travail restant à faire, sur les priorités, sur l’équilibre des disciplines, etc... tout en préservant une part de droit à la différence
réguler les échanges entre enfants, en veillant à leur courtoisie, à leur bienveillance; encourager et faire encourager, reconnaître et faire reconnaître les mérites, et éviter surtout les exclusions
faire prendre conscience à chacun, notamment aux plus faibles, des progrès accomplis (conscience du changement); faire jouer " l’effet Pygmalion " positif, en faisant en sorte que chacun se forge une image positive de soi
Sources et citations :
Le site de Paul desette : http://desette.free.fr
Le site de Michel Monot : http://pmev.lagoon.nc
http://www.pmev.fr/index.php?lng=fr